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Efforts et Coordination - Efforts et coordination dans la production de consonnes occlusives

Project Coordinator : Maëva GARNIER

Project realized thanks to the support of : Autre organisme (UJF - CSVBS)

Start date : 2011/12/21

Duration : 24 mounths


 

Nombreuses sont les personnes qui présentent des signes de fatigue vocale (irritation de la gorge, aphonie) après avoir parlé longtemps ou à forte intensité. Des complications plus graves arrivent fréquemment chez les personnes utilisant leur voix comme outil de travail (30% de la population active). Beaucoup d’enseignants, en particulier, présentent des épisodes d’enrouement récurrents et des lésions sur les cordes vocales. Ces troubles vocaux ne sont pas seulement de l’ordre de l’inconfort individuel mais représentent un réel problème de santé publique ayant des conséquences économiques en termes de soin et de remplacement de personnel.
Plusieurs facteurs favorisent le développement de troubles vocaux : une constitution laryngée fragile, la consommation de tabac ou d’alcool, ou encore l’exposition à certains environnements (poussière, vapeurs irritantes, air sec). Mais le facteur prédominant reste le comportement de communication adopté par l’individu, et sa façon de « placer » sa voix. On sait par exemple qu’il est préférable d’éviter certains modes respiratoires (e.g. respiration thoracique haute), du fait qu’ils engendrent des tensions laryngées. On sait également que certains modes de vibration des cordes vocales demandent plus d’effort que d’autres pour produire une même intensité sonore (e.g. une voix « soufflée »), ou font subir davantage de micro-collisions et frottements aux cordes vocales (e.g. une voix « pressée »). Au contraire, des études ont montré comment certains ajustements articulatoires permettent de produire des sons très intenses avec un minimum d’effort.
Ces connaissances sur l’effort et l’efficacité de production constituent en grande partie les bases théoriques des méthodes actuelles de rééducation. Cela pose un certain problème dans la mesure où elles concernent essentiellement la production de voyelles tenues, dans un contexte de production souvent plus proche du chant que de la communication parlée. En situation réelle de communication, ces méthodes sont relativement difficiles à appliquer du fait que la parole est bien loin de se limiter à des voyelles tenues, et que ces méthodes apparentées au chant ne sont pas toujours compatibles avec l’image sociale que l’on veut donner ou avec le fait d’être intelligible.
Pour mieux comprendre, prévenir et rééduquer les troubles de la voix et de la parole, il nous semble donc nécessaire d’étudier l’effort vocal dans un contexte de communication parlée, où la marge de manoeuvre pour améliorer l’efficacité de production est contrainte par le fait que la production doit d’abord rester intelligible et acceptable dans l’interaction sociale avec l’interlocuteur. Il nous semble également nécessaire de ne plus s’intéresser à la production de voyelles seulement, mais également à d’autres sons de parole.

En cela, l’étude de la production des consonnes occlusives* nous paraît d’un grand intérêt, à trois principaux égards :
(1) La tension que l’on peut ressentir au niveau laryngé pendant la phase d’occlusion, que les cordes vocales continuent de vibrer ou non.
(2) La reprise de vibration des cordes vocales, éventuellement brutale, après le relâchement de l’occlusion pour les occlusives non voisées (/p/, /t/, /k/).
(3) La coordination complexe (force, instants, ordre) des gestes respiratoires, laryngés et articulatoires requise pour produire ce type de sons de parole.
Il serait donc utile de :
- caractériser les ajustements et efforts laryngés pendant la phase d’occlusion (mouvements verticaux et de « serrage » du larynx)
- caractériser la réinitialisation de la vibration laryngée après le relâchement de l’occlusion
- déterminer comment ces efforts et cette reprise de vibration varient en fonction d’autres paramètres de production (parler plus fort, plus vite, de façon plus intelligible, …)
- déterminer si le contrôle de cette coordination des gestes et paramètres de la production est significativement différent chez des patients présentant un trouble de la voix (dysphonie) ou de la parole (bégaiement, dysphasie), et chez des enfants à différents stades de développement, par rapport à des locuteurs adultes sains.

Ce projet propose d’examiner le degré de couplage et d’indépendance entre paramètres acoustiques et physiologiques (laryngés, aérodynamiques, articulatoires) dans la production de consonnes occlusives. Afin de mieux comprendre :
- ce qui est de l’ordre de la contrainte physique (invariante et partagée par tous les individus)
- comment ce couplage varie en fonction de l’intensité, du débit de parole, de la précision de l’articulation.
- comment cette coordination varie en fonction du contrôle de l’individu, et peut éventuellement dysfonctionner chez les personnes présentant des troubles de la voix ou de la parole.


* Il y a 6 consonnes occlusives en français: /p/, /b/, /t/, /d/, /k/ et /g/. Dans ces consonnes, la fermeture des lèvres ou le mouvement de la langue contre les dents ou le palais mou va stopper l’écoulement de l’air dans la bouche (phase d’« occlusion »), provoquant une augmentation de la pression derrière le point d’occlusion. Un bruit « de plosion » est alors produit au moment du relâchement de l’occlusion. Dans les occlusives non voisées (/p/, /t/, /k/), les cordes vocales cessent de vibrer pendant la phase d’occlusion et reprennent la vibration avec la voyelle suivante, après le relâchement de l’occlusion.


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