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LECOCQ Ekaterina

Complexité et contrôle du geste linguo-palatal sous l'éclairage de sa variabilité. Le cas de la palatalisation en russe. Aspects phonétiques et phonologiques.

 

Directeur de thèse :     Nathalie VALLEE

Co-encadrant :     Elisabetta CARPITELLI

École doctorale : Langues littératures et sciences humaines (LLSH)

Spécialité : Sciences du langage

Structure de rattachement : Grenoble-INP

Établissement d'origine : STENDHAL

Financement(s) : Contrat doctoral ; contrat à durée déterminée ; Sans financement

 

Date d'entrée en thèse : 01/10/2017

Date de soutenance : 03/09/2021

 

Composition du jury :

VALLEE Nathalie, Directeur de Recherche, directeur de thèse, CNRS
CARPITELLI Elisabetta, Professeur, co-directeur de thèse, Université Grenoble Alpes
NGUYEN Noël, Professeur, Président, Aix-Marseille Université
RECASENS Daniel, Professeur, Rapporteur, Université Autonome de Barcelone
CHITORAN Ioana, Professeur, Rapporteur, Université Paris Diderot
KEDROVA Galina, Associate Professor, Examinateur, Université d''État Lomonossov de Moscou
KOCHETOV Alexei, Professeur, Invité, University of Toronto

 

Résumé :
La caractérisation du geste lingual et la question de son contrôle dans la production des consonnes [+palatal] font toujours l'objet de débat en phonétique et en phonologie. Nous avons examiné ici le geste linguo-palatal en nous attachant à décrire et à analyser sa variabilité dans la réalisation de différents types de consonne, en suggérant qu'en tant que geste primaire ou secondaire, il pouvait rendre compte du concept de complexité articulatoire et refléter des aspects du contrôle moteur de la langue dans la parole. Outre le type consonantique, les facteurs de variation que nous avons considérés sont le locuteur, la position de l'accent et la structure syllabique. Le russe a été choisi pour le rendement exceptionnel du contraste [±palatal] dans cette langue. Dans une approche expérimentale multitechnique, 3 études complémentaires ont été réalisées, en laboratoire et sur le terrain. La 1re a consisté à acquérir des données d'articulographie électromagnétique afin de mesurer la position et le timing de 4 zones linguales. La 2e a consisté à recueillir, sur leur lieu de vie en Russie, des données de locuteurs natifs monolingues, en utilisant l'imagerie par ultrasons, afin de mieux cerner la variabilité du geste linguo-palatal dans les dimensions diatopique et individuelle. La 3e est une analyse d'un corpus d'images d'IRM constitué des productions d'une locutrice qui a participé aux deux autres études. Le volet expérimental est complété d'une étude de la phonotaxe du russe à partir de données de première main qui a permis d'actualiser les tendances distributionnelles des consonnes [+palatal]. Elle confirme que les palatalisées sont plus marquées que les non palatalisées et suggère des degrés de marquage en fonction du lieu d'articulation et de la position de la consonne dans la syllabe. Les résultats expérimentaux nous ont permis de proposer une définition du geste linguo-palatal impliqué dans la réalisation du contraste palatalisé vs non palatalisé indépendamment des facteurs de variabilité observés et de discuter les différences de réalisation entre labiales, coronales et vélaires. Ils montrent aussi que les coronales palatalisées sont produites à partir d'une superposition de deux constrictions, primaire et secondaire, formées successivement lorsque la consonne est en attaque de syllabe accentuée ou atone. Si aucun effet de l'accent ou de la position sur la forme du contour lingual n'a été trouvé, un déplacement plus global de la langue a été observé en syllabe atone et en coda alors qu'une activation séquentielle des différentes zones linguales a pu être montrée en position d'attaque et en syllabe tonique. Ce résultat suggère un contrôle moteur différent en fonction de l'accent et de la position dans la syllabe. Toujours concernant la variation liée à la position des palatalisées dans la syllabe, le geste lingual semble présenter des caractéristiques spécifiques à une langue donnée. En revanche, d'éventuels effets sur l'articulation linguale liés à la dimension diatopique ou au contact linguistique des locuteurs n'ont pas pu être identifiés contrairement aux résultats d'études antérieures. La palatalisation recrutant les « muscles vocaliques », nos résultats montrent qu'elle bloque la coarticulation avec les voyelles adjacentes. La résistance à la coarticulation serait un facteur explicatif de l'apparente stabilité du système consonantique du russe malgré sa complexité articulatoire et son caractère marqué. La définition de classe naturelle unique pour les consonnes [+palatal] à partir des résultats obtenus a été mise à l'épreuve dans les cadres (1) de la Phonologie Articulatoire pour proposer une modélisation des coordinations gestuelles observées (2) de la Théorie des Éléments pour proposer une modélisation du système phonologique du russe qui unifie les segments palatalisées, palato-alvéolaires et le glide palatal à partir de la primitive |I|, résonance palatale qui peut être supplémentaire à une autre résonance.
RÉSUME DE THÈSE EN ANGLAIS
Complexity and control of the linguo-palatal gesture in the light of its variability. The case of Russian palatalization. Phonetic and phonological aspects.
Characterizing tongue gesture and its control in the production of [+palatal] consonants is still a matter of debate in phonetics and phonology. In this dissertation, we investigated the linguo-palatal gesture by focusing on its variability in the production of different consonant types and by suggesting that as a primary or secondary gesture, it could account for the notion of articulatory complexity and reflects some aspects of speech motor control. In addition to consonant type, three other variation factors were considered in this research: speaker, stress position and syllabic structure. Russian was chosen for the exceptional performance of the [±palatal] contrast in this language. In a multi-technique experimental approach, 3 complementary laboratory and field studies were carried out. The first one consisted in acquiring electromagnetic articulography data in order to measure the position and timing of 4 tongue regions. The 2nd consisted in collecting data from monolingual native speakers in Russia, using ultrasound imaging, in order to better understand linguo-palatal gesture variability related to diatopic and individual speaker variation. The third study is an analysis of a corpus of MRI images of vocal tract made up of a speaker's productions who participated in the other two studies. The experimental part is completed by a study on Russian phonotactics based on first-hand data which allowed us to update distributional trends of [+palatal] consonants. The findings confirm that palatalized consonants are more marked than non-palatalized ones and suggest marking degrees depending on the consonant place of articulation and the position within the syllable. The experimental results allowed us (1) to define the linguo-palatal gesture involved in the production of the palatalized vs non-palatalized contrast independently of the variability factors and (2) to discuss differences between labials, coronals and velars. We observed that palatalized coronals in stressed or unstressed syllable onsets are produced from a superposition of two successive primary and secondary constrictions. While no effect of stress or within syllable position on tongue shape contours was found, a more global movement of the tongue was observed in unstressed syllables and codas, whereas a sequential activation of the different tongue regions was observed in onset positions and in stressed syllables. This result suggests different motor control processes depending on stress and within syllable position. Still concerning the variation related to the distribution of palatalized consonants, tongue gesture properties seem to some extent specific to a given language. No effect of diatopic or language contact on tongue articulation were found contrary to findings of previous studies. Since it involves vowel muscles, our results show that palatalization gesture blocks the coarticulation with adjacent vowels. Coarticulatory resistance could explain the apparent stability of the Russian consonant system despite its articulatory complexity and markedness. Our findings allow us to propose a unified natural class definition for [+palatal] consonants and to test it in the frameworks of (1) Articulatory Phonology to propose a formal gestural coordination modeling; (2) Element Theory to suggest a modeling of the Russian phonological system that unifies the palatalized, palatal-alveolar segments and the palatal glide through the primitive |I| for palatal resonance that can be supplementary to another resonance.


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