Prêtes à oser

Prêtes à oser

Le jeudi 10 septembre le Gipsa-lab a accueilli la table ronde : « L’Europe au féminin : oser se lancer ! », coorganisée avec l’OSUG et la Délégation Alpes du CNRS.

Inédite pour les trois partenaires, cette initiative a illustré la richesse de leur collaboration et les synergies qu’elle peut faire émerger. Cette rencontre se voulait à taille humaine pour permettre à la soixantaine de participants et de participantes d’échanger et de s’exprimer librement. Les discussions ont porté sur les biais cognitifs, les freins structurels et environnementaux et leurs effets sur le dépôt de projets européens. Ces mécanismes peuvent concerner tout le monde, mais la table ronde a choisi de les aborder sous l’angle des chercheuses pour comprendre pourquoi elles ne se saisissent pas pleinement des opportunités de financements européens.

Le constat

À l’origine de cette table ronde, un constat : les biais de genre sont nombreux dans les processus d’appels à projets (européens comme nationaux) et interviennent à différentes étapes des processus de candidatures. Les chercheuses sont confrontées à des freins spécifiques, parmi lesquels : la parentalité, les sollicitations à participer à des comités de sélection pour respecter l’équilibre homme/femme, le sentiment de devoir démontrer d’avantage ses compétences, d’en faire plus, de devoir légitimer sa candidature.

« Les biais de genre dans les financements de la recherche persistent malgré les efforts pour promouvoir l'équité et l'inclusion dans le domaine scientifique. Une série d'études et de rapports pointent vers des disparités substantielles entre hommes et femmes dans l'accès aux fonds de recherche, influençant de manière significative les opportunités professionnelles et la reconnaissance académique. »

Comprendre les mécanismes cognitifs sous-jacents et les freins structurels

La première partie de la matinée a permis de mieux comprendre les mécanismes cognitifs sous-jacents et les freins structurels derrière ce constat avec unetable-ronde réunissant Cristina AELENEI, scientifique experte en psychologie sociale, et enseignante-chercheuse à l’Université de Rouen Normandie, Eleni CHATZICHRISTOU, co-secrétaire du Gender and Diversity Working Group pour l’agence Exécutive de l’ERC (European Research Council), Elisabeth KOHLER, Directrice de la « Mission pour la Place des Femmes» du CNRS, ainsi que Céline TERNON, représentante Parité Science (région Alpes de l’association Femmes & Sciences).

Le constat est partagé par toutes les participantes : nous sommes toutes et tous empreints de biais cognitifs liés au genre, qui constituent des obstacles supplémentaires aux dépôts de projets par les chercheuses (syndrome de l’imposteur, censure sociétale, biais d’attribution, biais de confirmation…). Une chercheuse pourra, par exemple, attribuer d’avantage sa réussite à des facteurs externes qu’à ses propres compétences scientifiques. Ou consacrer un temps de préparation plus important à un oral de sélection pour démontrer sa légitimé.

La table ronde a également permis d’échanger sur les leviers d’action et les mesures mises en place par les institutions (CNRS et ERC), pour atténuer ces biais et favoriser un accès plus équitable aux financements.
La prise de conscience de ces biais cognitifs constitue une première étape essentielle pour les dépasser. D’autres solutions concrètes ont été évoquées : développer le mentorat, créer un réseau entre pairs, se faire accompagner par les supports administratifs, être capable de refuser des sollicitations pour participer à certains comités…

Des témoignages inspirants pour oser se lancer

Dans un second temps, la parole a été donnée aux chercheuses avec trois témoignages de scientifiques ayant déposé et/ou obtenu des projets européens : Marie-Aude MEASSON de l’Institut Néel, Hélène ANGOT de l’Institut des Géosciences de l’Environnement et Francesca CALORE du laboratoire d’Annecy de Physique Théorique.

Les trois chercheuses soulignent l’importance de s’appuyer sur un role model, d’avoir le soutien des institutions, de leur laboratoire ainsi que de leur entourage et collègues. Cet accompagnement précieux, tant sur le plan matériel que psychologique, leur a permis de parvenir à déposer ce type de projets.


Leurs témoignages ont également mis en lumière ce que les financements européens peuvent apporter : un projet européen permet plus de liberté, une reconnaissance de leur place en tant que scientifique et, malgré la charge de travail l’espoir de réaliser le projet scientifique rêvé.


Cette matinée, riche en échanges au sein du public et avec les intervenantes, a permis une prise de conscience et peut être un premier pas pour dépasser ces freins et oser se lancer.

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