Décès de Jean-Louis LACOUME
Jean-Louis Lacoume s'est éteint samedi 17 janvier 2026.
Nous adressons nos sincères condoléances à Danielle son épouse, à Laurent, Fabienne, Jean-François, Dominique ses enfants, à leurs conjointes et conjoints, à ses petites-filles et petits-fils, ainsi qu'à l'ensemble de sa famille et ses proches.
Une messe sera célébrée en son hommage le vendredi 23 janvier, à 10h30 à l'église de Gières. (La famille ne souhaite ni fleurs ni couronnes, mais mettra en place le jour de la messe un don pour l'Arboretum du Campus, lieu que Jean-Louis Lacoume appréciait particulièrement.) Un livre de condoléances numérique sera ouvert très prochainement pour recueillir des messages et des témoignages.
Ancien élève de l'École Normale Supérieure de la rue d'Ulm, agrégé de physique en 1964, docteur d'état en 1969, il est devenu Professeur des Universités à l'Université Grenoble 1 en 1972, puis à l'Institut National Polytechnique de Grenoble, au sein de l'ENSIEG en 1975, après avoir été assistant à l'Université d'Orsay et Maître de Conférence à l'Université de Paris VI.
Dès son arrivée à Grenoble, il a assuré des responsabilités importantes au sein des institutions. Il est devenu directeur du Centre des PHénomènes Aléatoires de Grenoble en 1972, et a passé la main à Geneviève Jourdain en 1989.
Il est revenu aux affaires en dirigeant le Laboratoire des Images et des Signaux pendant quatre ans à partir de 1998, (laboratoire issu de la fusion entre le CEPHAG et le LTIRF-Laboratoire de Traitement d'images et de Reconnaissances des Formes), avant de passer le flambeau à Jean-Marc Chassery.
Après sa retraite fin 2005, ses activités ne se sont pas arrêtées. Il fût nommé expert pour l'analyse de l'explosion dramatique de l'usine AZF de Toulouse en 2001 avec ses collègues F. Glangeaud et M. Dietrich. Il travailla jusqu'aux environs des années 2020 comme expert pour le LETI/CEA, mais également comme Professeur Émérite au sein du GIPSA-Lab, co-encadrant des étudiants et développant des recherches avec ses collègues.
Jean-Louis Lacoume était un physicien. Initialement expert de géophysique externe, il a développé une école de géophysique au sein du CEPHAG en attirant et formant de nombreux collègues géophysiciens externes et internes (F. Glangeaud, G. Lejeune, W. Kofman, \ldots). Il a notamment créé avec F. Glangeaud le centre de traitement des signaux sismiques. Le G du CEPHAG a changé de signification en 1975 sous son impulsion pour devenir Géophysique.
Spécialiste des ondes dans les milieux inhomogènes et anisotropes, il a été pionnier dans l'utilisation des ondes pour le sondage des environnements terrestres, de l'ionosphère aux couches internes de la Terre. Il a toujours soutenu fortement l'étude de l'environnement sous-marin, spécialité première du CEPHAG né dans les années soixante sous l'impulsion de G. Bonnet et H. Mermoz. Ses travaux l'ont conduit à devenir un scientifique reconnu et apprécié internationalement.
Outre ses nombreux travaux en géophysique, ses apports en théorie du signal sont multiples et fondamentaux : méthodes de localisation de sources, formalisation de la séparation aveugle de sources et de la théorie des statistiques d'ordre supérieur pour le traitement du signal, apport de la cyclostationnarité en mécanique et en communications numériques, \ldots.
Ce scientifique passionné avait pour caractéristique de travailler essentiellement à la résolution de problèmes complexes et concrets. La théorie du signal était son moyen, qu'il s'agisse de dater des carottes de glaces, de séparer deux ondes polarisées de manière aveugle ou encore de sonder le sous-sol à l'aide de bruits ambiants.
Jean-Louis Lacoume a participé au façonnement de la communauté nationale de traitement du signal. Très impliqué au sein de l'association GRETSI fondée en 1967, il a été l'initiateur et le créateur de la revue francophone Traitement du Signal, revue qui a existé pendant près de quarante années. Il en a été le rédacteur en chef durant plus de vingt ans, aidé par Jeanne Malbos et de nombreux collègues. Il a participé au développement de la discipline, en l'enseignant à l'INP Grenoble, mais également en rédigeant des ouvrages à destination des étudiants et des chercheurs (révision de l'œuvre de Jacques Max, ouvrages de traitement du signal pour les géophysiciens, traité sur les statistiques d'ordre supérieur), mais aussi vers un public plus large à travers le célèbre Que-Sais-Je de 1983, Théorie du signal.
Jean-Louis Lacoume a encadré ou co-encadré de nombreuses doctorantes et doctorants. Il leur a transmis sa passion et son enthousiasme pour la recherche. Beaucoup ont trouvé leur place dans le monde académique. Il était toujours disponible pour eux, prêt à noircir d'équations quelques pages de son écriture redoutée et les laisser repartir développer ses conseils.
Suivre les cours de Jean-Louis Lacoume était un vrai challenge, tant la discipline est exigeante, mais surtout tant les digressions qu'il développait l'emmenaient, lui et son public, sur des chemins passionnants. Il appuyait ses dires par de nombreux exemples physiques et rendait toujours ses cours très vivants : il fallait l'écouter siffler pour simuler ses chers sifflements radio-électriques afin d'expliquer des concepts de temps-fréquence, ou raconter comment les fonctions de corrélations étaient calculées après quantification forte.
La communauté du traitement du signal a la chance inouïe d'avoir eu en son sein un scientifique de la qualité de Jean-Louis Lacoume. Nul doute qu'il inspirera encore longtemps les élèves qui ont eu le privilège de le connaître et de le suivre.